Et tout l’monde roulera en char électrique…

Les récentes inondations au Népal ne sont qu’un rappel brutal des horreurs dûes à la crise environnementale que nous subissons. Il s’agit d’une tragédie certes, mais la marche du désastre écologique (causé et accéléré par les systèmes capitalistes) est bien entamée et il est plus facile d’imaginer la fin du monde qu’une quelconque amélioration. C’est connu, la crise environnementale entraîne avec elle une crise sociale. Pour le dire simplement, les plus riches survivront mieux à l’apocalypse que les plus pauvres. D’ici là, les personnes précarisées subissent plus durement les contrecoups des phénomènes météorologiques extrêmes en se faisant miroiter les belles promesses du capitalisme vert (intelligence artificielle salvatrice, smart cities, condos de luxe aux toitures végétalisées, etc.)

Le Collectif pour un transport abordable et accessible (TRAAQ) se préoccupe du sort des personnes moins riches sous l’angle précis du droit à la mobilité. Alors que certaines personnes sentent qu’elles font «leur part» en achetant une voiture électrique pour se rendre dans leur bureau climatisé, d’autres attendent sous 35 degrés l’autobus qui les mènera à la banque alimentaire. 

La crise du logement représente certainement un aspect de la crise sociale et environnementale. Bulle spéculative, location touristique, condos de luxe ne sont que quelques exemples qui obligent plusieurs personnes à se loger en périphérie des grands centres. Seriez-vous surpris d’apprendre que ces endroits sont bien souvent mal desservis par le transport en commun?. Faute d’options, les personnes dépendantes du transport collectif doivent faire de longs trajets à pied, ce qui les expose davantage aux aléas climatiques : vagues de chaleur, épisodes de smog ou froids polaires en hiver.  Les autobus, les bibliothèques et les centres d’achat deviennent de véritables refuges climatisés lorsqu’il fait trop froid ou trop chaud, mais encore faut-il pouvoir s’y rendre aisément. On est loin d’une personne vivant dans un condo descendant dans un stationnement souterrain pour se rendre dans un autre stationnement souterrain pour travailler dans une tour à bureaux. Le rêve n’est-ce pas? Lorsque l’air est irrespirable, pourquoi voudrait-on mettre le pied dehors?

Le TRAAQ souhaite que l’accessibilité et l’abordabilité du transport collectif restent une question centrale au cœur du débat public. Prendre l’autobus exige non seulement d’avoir un arrêt situé à proximité de son domicile, mais aussi de posséder les ressources financières nécessaires pour s’acquitter du tarif. Pour les personnes en situation d’instabilité financière et résidentielle, l’accès à un transport abordable devient un enjeu fondamental. Comment se rendre dans les ressources d’aide, les endroits climatisés, les hôpitaux etc. si l’on n’arrive pas à payer le titre de transport? Pourquoi ne pas mettre en place un programme solidaire aux personnes vivant des situations de grande précarité et leur permettre d’embarquer gratuitement dans les transports collectifs? Pouvoir se déplacer représente la première étape pour participer pleinement à la vie collective. 

À l’aube des élections provinciales, il est temps d’exiger que la classe politique  reconnaisse la mobilité comme un droit et qu’elle le fasse en investissant massivement dans nos réseaux de transport collectif. Au final, penser la transition écologique sans inclure les personnes les plus vulnérables relève d’une vision privilégiée et incomplète. Face au ravage écologique capitaliste, notre résilience ne se calculera pas au nombre de chars électriques, mais à notre capacité collective d’assurer la liberté de mouvement pour tout le monde.

Sophie T-B

 

Partagez dans vos réseau!
À lire également